Et s’il s’agissait pour la classe dominante de jouer et la crise et
l’hypocrisie, d’assumer les deux mouvements du scénario, de mettre les
Etats à la botte tout en permettant de faire croire qu’ils sont toujours
debout et que la légitimité symbolique de la domination capitaliste en
demeure assurée. Par une application mesurée du second scénario,
un bon équilibre ne pourrait-il être trouvé ?
Le volume annuel de transaction du shadow banking est de 16 000 Milliards de dollars : soit, un ordre de grandeur de ¼ du PIB mondial.
Cette
confortable « masse de manœuvre virtuelle » me renforce dans l’idée
que, peut-être , le capitalisme a les moyens de se – séparer en bon
ordre – de la « finance glamour » et de se centrer sur un « capitalisme
de propriétaire ». Même en période de décroissance, il doit y avoir
moyen de prélever des intérêts, des fermages (ce que l’on voudra , pour
ne pas devoir travailler soi-même, là, très haut, ils ne sont pas très
nombreux à nourrir ). Bien entendu, ce mécanisme « d’automutilation »
n’est pas planifié à un niveau supérieur, il est seulement organisé «
sur le tas », pas seulement parce que le vent casse la branche morte,
mais parce qu’à chaque fois qu’une branche apparaît condamnée de par sa
position dans l’ensemble, le système cherche à s’en séparer tout
naturellement en l’isolant. À terme, Il ne restera que quelques banques
financières et des propriétaires de titres de propriété sur des terres …
des usines, des ressources minières, des brevets ; les plus malins
ayant converti, à temps, leur reconnaissance de dettes en bel et bon
argent, le temps d’arrondir leur pelote de titres de propriété.
Si
ce scénario se réalisait, il demanderait à être conforté par une
formidable mise en spectacle ; le capitalisme n’ayant plus d’ennemi,
l’intrigue demanderait que la déviance capitaliste assume elle-même le
rôle de l’hypocrisis « voyez comme nous luttons contre la part déviante
de nous-mêmes ». Avec déjà trente ans de new-âge derrière nous, nous
allons nous faire masser de convivialité et de proximité RSA retrouvée.
Sérieusement, la capacité des Soviétiques à encaisser la fin de l’URSS
et à supporter la misère est éclairante,
je ne vois pas comment nous ferions mieux.
Par contre, si dans quelques mois,
l’effondrement tire en longueur et s’annonce pour dix ans, alors il faudra agir sur l’organisation légale du travail et
l’organisation des réseaux économiques déviants pour tenter de casser
leur symbiose en tant que lignes complémentaires de commandement et de
protection des citoyens.
*
Il ne faudrait cependant pas se laisser aller à une machination consciente, croire que celui qui nous a vendu une machine dont il a
calculé lui-même la nécessaire obsolescence, peut nous en revendre une
autre, bien évidemment plus révolutionnaire. L'obsolescence globale du système capitaliste n’est pas calculée, il
n’y a que des ajustements locaux sans vue d’ensemble.
C’est
comme la chute des feuilles en automne, chaque feuille se prépare à
tomber par une scissure à la base du pétiole. Avec la diminution de la
photosynthèse, il y a davantage d’éthylène dans les feuilles, ce qui
fait grossir les cellules des feuilles. Ce gonflement des cellules
bloque les canaux par laquelle la sève circule ; s’en suit toute une
chaine de réaction physicochimique complexe qui fragilisent la structure
mécanique du tissu cellulaire et précisément davantage à la base du
pétiole par l’effet du point d’application des forces. Cette première
fragilisation mécanique renforce l’impact des réactions enzymatique sur
la zone fragilisée ; comme il y déjà mois de sève dans l’arbre ce qui
reste dans la feuille y est aspirée. Un petit coup de vent et la feuille
tombe. L’arbre ne calcule nulle part son hivernage par la mise en place
des scissures de déhiscence.
De même pour le capitalisme ; nul ne dit quelque part « préparons-nous à leur refourguer une nouvelle bécane »
lorsque la nôtre aura a un pneu crevé ! Par contre, de l’autre côté;
les nomenclatures sociales libérales constatent le pneu crevé, « en
voici un de rechange messieurs », et s’il vous plait, veuillez passer
davantage dans notre garage nous vous ferons des prix de clients
fidèles.
Certains masques ne tomberont
jamais tout simplement parce que ces masques sont des personnages créés
de toute pièce, des rôles ; c’est précisément le sens de la phrase de Godard « aujourd’hui les salauds sont sincères »,
Le spectacle classique était à taille humaine, il montrait l’acteur
sous le masque, le jeu de la personae- le nom même du masque- y était
apparent , la division entre l’action de la pièce la crisis et –
l’hypocrisis – la pièce qui se joue sous la pièce est claire et perçue
par tous. Depuis, la symbiose des mises en scène Hollywoodiennes diffuse
de l’american way of life et des mises en scène centralisée
nazies, bolchéviques , maoistes, nous a fait perdre le sens de la mesure
dans la nécessaire part de triche que constitue la vie sociale
(idéalement limitée à un sixième- l’onaa par Henri Atlan).
Selon
J-LGodard, Michelet racontait que les membres du comité de salut public,
après avoir décidé des têtes à couper, sombraient, à chaque fois, dans
un horrible désespoir, se jetaient dans les bras l’un de l’autre en
pleurant horriblement ; ce temps est fini.