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4.12.11

QUELQUES NOTES DE TRIPLE A



la période du modèle industriel consumériste a atteint ses limites pour des raisons multiples – et cela, avant tout parce qu’elle aura fini par détruire le désir, le mental et le moral, et non seulement l’environnemental, la crise environnementale accentuant cette démoralisation aussi bien que les tensions et contradictions économiques et politiques qui en résultent. 


Le modèle consumériste a été une façon de capter la libido des individus, et en la captant, de la détruire – comme on épuise les champs de pétrole ou les ressources en eau.


Nous soutenons que ce modèle consumériste ne peut plus tenir à la fois parce que les fondamentaux écologiques ne permettent plus, parce que la motivation n’existe plus et parce que ce court termisme allié avec une innovation permanente qui a conduit à une organisation systématique de l’obsolescence et de la jetabilité généralisées (marchandises, outils de production, cultures d’entreprise, hommes, structures sociales, savoirs, régions et pays même, etc.) est insoutenable : il a conduit à une contraction du temps qui fait qu’il n’y a plus de temps.


Or le capitalisme ne peut pas marcher s’il n’a plus de temps précisément dans la mesure où il est fondé sur l’investissement.

14.10.11

Lignes de marges à l'adresse des enferrés

La dérive est le Grand Tour initiatique qui conjure l'ordre du Spectacle. Lignes de marges. Dérive VS Spectacle.



La conscience de l'imposition du Spectacle comme un fait massif, un fait social total, impose en contrepartie une stratégie et des tactiques.
Acquises sur le terrain, elle suinte l'originalité et l'apprentissage à coup de triques.

D'abord la distanciation, élastique, le repli, le recours au forêts,  l'ensauvagement pour se désincarcer de la la paraplégie éducative, mais aussi la guérilla situationnelle, le marronage des situations: faire vriller les situations, acquérir le don des situations, comprendre les situations; l'étrangement pour don. Voilà un faisceau de courants qui conjugue et oriente la dérive dans sa fuite suprême. Autant d'espace-seuils, autant d'étapes, qui marque l'initiation du conjuré, ce renégat du Spectacle. 






Ainsi va la déconstruction du Spectacle, rage du contaminé, séparation du règne de la Séparation, pratiques de marges, culture de l'entre-deux, ces gens du seuil, liberté de l'ombre, du sans-statut, c'est ici que le dériveur s'aguerrit, c'est bien la marge qui tient la page, c'est bien là où les "autres" glissent, sans recours, sans salut, sans marge ou se raccrocher. Sans aspérités les destins maigres de l'utile épuisent leur encre psychique à noircir les pages du Spectacle. L'évitement, l'empêchement, tient leur ligne, la conduit.

Evitement: ne pas prendre en charge l'existence du Spectacle comme fait global total qui nous englobe et nous contient, qui instille le moindre rapport à l'existence, glisser dans la survie augmentée, les parcours balisés du désêtre.


Empêchement: la croûte de battance que forme l'exposition permanente aux flux et aux flots de la saturation durcissent la terre mentale. Sans marges, sans rigoles, l'érosion lamine l'action, la réaction est subvertie. La faiblesse de la terre mentale est celle de l'indifférence qui protège mais enferme. 

Si tu as un toit soulève-le.

Mon Odyssée: Attache-moi!


Tu vas où le vent mène. Tu suis l'appel des sirènes. 
Et la plupart du temps tu es à la périphérie de toi-même...

Ça pourrait faire des vers, c'est juste un constat. 
Il n'y a que lorsque le calme revient, que lorsque la mer est plate, 
que le spectacle a été chassé de l'horizon,  que tu reviens à ton fondement.

Tu sais, ces rares moments où tu crois être, où tu es enfin, toi-même.

Sinon, comme Ulysse, si tu veux être conscient où te mène ta barque, 
tu devras rester attacher au mât si tu veux resister.

dériver, c'est une corvée épique.


3.10.11

Retour de Vitesse


Pour sortir des impasses du temps présent, il faut faire retour sur certaines bifurcations, pensé la question de la vitesse et de la vitesse articulée à l’espace.

La rencontre intellectuelle entre Bergson, le penseur du temps, et Einstein, le théoricien de la relativité généralisée, n’a débouché sur rien. Une rencontre ratée. Bergson a compris la relativité du temps vécu, mais pas du point de vue physique.


Ce manque de pensée empêche de voir que nous sommes dans un espace fractal : lorsque la compression temporelle a lieu, la fragmentation de la société qui en est issue fini par créer une société fractale, ce que renforce la globalisation spatiale et temporelle du monde.

Emportés par la vitesse, nous ne voyons plus que devant nous (et encore pas très loin !). Pour regarder les côtés, faire des liens, dans une société complexe, il faut aller plus lentement ou avoir d’autres instruments. Les animaux ont des yeux qui permettent de regarder sur les côtés pour prévenir d’où vient le danger. Et nous ? On peut, comme le propose Paul Virilio, construire une philosophie politique de la vitesse, qui prenne le relais de la philosophie politique de la richesse fondée par les physiocrates et qui demeure encore aujourd’hui la matrice de notre pensée politique, mais complètement décalée de la réalité.
On peut aussi développer notre intelligence sensible, l'instrument c'est "le Wild" (j'emprunte à Thoreau), cultiver le feu souterrain qui coule dans la nature (et donc en nous). Qui jamais ne s'éteint, qui toujours travaille. Une faculté d'incarnation qui puise dans nos ressources anthropologiques,
s'ensauvager dans l'étrangement de la chair, ouverture vers d'autres logiques.

C'est une intelligence du temps, des cycles, et des transformations, c'est une communion, et le pendant nécessaire au déficit d'une intelligence rationnelle, séquentielle, qui ayant déclenché un processus a fini par être asphyxié par lui, contraint à vivre dans l'inflation de réalités dites augmentées comme autant de cages à lapins où enfermer la conscience. Le temps du Temps demande notre écoute. On ne cultive pas le sillon en augmentant les doses, mais en aimant le cultiver.

Régression précipité par la tension du maintenant



Critique de l'idée de projet. Foutu projet. L'idée de projet, voilà le reliquat atomisé de l'idée de progrès, encore à faire des siennes, avec cette pré-science du mouvement si caractéristique du salut horizontal. A cela, l'anamnèse mon poussin. On revient sur ses pas.

On ne va pas d'un point A à un point B, mais on remonte du B, de la situation, vers ce que l'on suppose être sa source, le A, qui en faîtes sont des sources, on trace les sources, et on les trame. L'idée de projet, "d'inventer" des méthodes pour aller d'un point A à un point B me fulmine d'idéalisme -transcendant-humanisme-imbécile. Et cette idée je la combats par une ergonomie des idées, une manière de s'emboîter, de faire mouvement, où la position est fonction d'un parcours gravitaire, d'un ordre possible qui est leur véritable généalogie.

Tu ne vas nulle part sans élan, sans retour en arrière. Pour marcher, d'abord plier une jambe, c'est à dire la faire revenir sur soi par un mouvement circulaire qui cherche l'équilibre pour l'action d'abord par un retour vers l'arrière. L'organicité du pas, sa chorégraphie, vaut pour tout mouvement humain, qu'il soit entendu de manière physique, matérielle ou méta-physique, spirituelle (cette dernière distinction n'ayant pas lieu d'être autrement que par convention historique et par nécessité de se faire entendre, je développerai ailleurs l'idée de terre-esprit, communauté de mouvement et de fonctionnement).

Là où il y a mouvement, où il va y avoir mouvement, il y a bouillonnement, inquiétudes, comme si de jambes inquiètes il s'agissait, qui doit être résolue par l'action, ou du moins y trouver sa résolution par l'action. C'est une préparation à l'action, une mise en jambes, et c'est à entendre au propre comme au figuré*. Contradictions qui s'affairent, positions qui tâtent le contexte, la forme où se projeter, avant d'être jetés vers l'avant, vers l'action, tout cela est fonction du balancement instillé par la situation pré-initiale.

Et nous sommes là, dans cette prémisse situationnelle, se défaire de l'habitus qui nous aimante, en allant chercher l'élan qui éclaire.

A rebours, un effort, un arrachement, un écart, un Jihad intérieur, pour forcer, pour quitter la boucle, en bon renégat du Spectacle. Où?

L'appui est dans la chaîne retrouvée ou reconnue, toute détermination éclaire, toute dépendance reconnue libère, dans l'archaïque, dans l'anthropologique, voire dans le biologique. Chair et esprit, commun. Parce que le gravitaire articule l'esprit et la chair de manière semblable, il impose, il distribue. Fantasmes, esquisses de mouvements, intentions qui s'appuient, gestes et actions. On trame, on trace. la chair pense comme l'esprit ordonne, mais c'est la chair qui pense et l'esprit qui mime, elle est le convecteur de gravité par où l'esprit s'instruit.

Qu’il s’agisse de la sortie d’Egypte, de la naissance du confucianisme et de Bouddha, de l’apparition du christianisme à l’irruption de l’islam, de la Réforme à la révolution française et au marxisme, etc, les grandes mutations ont toujours été précédées par un intense travail idéologique, mais il s'agit avant tout de le comprendre comme une gymnastique, de fourbir et d'aiguiser esprit-matière, terre-esprit, de décompacter le soma. Et si c'est ainsi que je l'entends c'est d'abord pour des questions d'énergétique, parce que d'une béance nouvelle, compensatoire d'une représentation déliquescente, surgit des gestes, des mouvements, suscitant une énergie nouvelle qui cherche son emploi comme la rivière fait son lit.

*On me reprochera mon analogisme, mais c'est une manière d'anticiper, à tâtons certes, où est le souci? La seule chose qui m'émeuve sur cette question, c'est qu'auparavant ce travail était fait par les poètes, mais que l'anéantissement de l'intelligence sensible les a réduits à des reliques Jivaros, à ne plus se faire entendre et surtout à ne plus être compris.

12.4.11

SITUATION DE TRANSHUMANCE (UN CRI)

Une question d'hygiène morale.
Ils essayent d'alimenter mes projections d'avec le monde de tel sorte que des contraintes se sédimentent qui y fixent mon imaginaire et orientent son dévelloppement (si l'on peut dire). Aussi déconstruire cet "encadrement" avec la plus grande violence, avec la rage la plus aiguë, est-il une nécessité vitale dont on ne peut se départir, sans perpétuer l'hébétude rassie, la zombitude de mes contemporains.