jugnon

source : jeancletmartin.blog.fr/

"Le monothéisme nous aura sabotés jusqu’au bout, nous mangeant l’éternité sur le dos : pourtant, dans l’histoire, dans la vie-même, nous sommes éternels. Pleinement, matériellement et constitutivement. Par les choses elles-mêmes et par la force des choses, nous sommes dans un présent que nous innovons sub specie aeternitatis. Le spinozisme de Guy Debord, à lui seul et à nouveau, détruit le monoccidenthéisme et toute la vieille métaphysique, la chrétienne il va de soi, celle qui fait rire lorsqu’on s’en défait (tout de même ! le ridicule d’un dieu mort pour les hommes !).
Or tout commence là :
« Les religions monothéistes ont été un compromis entre le mythe et l'histoire, entre le temps cyclique dominant encore la production et le temps irréversible où s'affrontent et se recomposent les peuples. Les religions issues du judaïsme sont la reconnaissance universelle abstraite du temps irréversible qui se trouve démocratisé, ouvert à tous, mais dans l'illusoire. Le temps est orienté tout entier vers un seul événement final : “Le royaume de Dieu est proche.” Ces religions sont nées sur le sol de l'histoire, et s'y sont établies. Mais là encore elles se maintiennent en opposition radicale à l'histoire. La religion semi-historique établit un point de départ qualitatif dans le temps, la naissance du Christ, la fuite de Mahomet, mais son temps irréversible – introduisant une accumulation effective qui pourra dans l'Islam prendre la figure d'une conquête, ou dans le Christianisme de la Réforme celle d'un accroissement du capital – est en fait inversé dans la pensée religieuse comme un compte à rebours : l'attente, dans le temps qui diminue, de l'accès à l'autre monde véritable, l'attente du Jugement dernier. L'éternité est sortie du temps cyclique. Elle est son au-delà. Elle est l'élément qui rabaisse l'irréversibilité du temps, qui supprime l'histoire dans l'histoire même, en se plaçant, comme un pur élément ponctuel où le temps cyclique est rentré et s'est aboli, de l'autre côté du temps irréversible. Bossuet dira encore : “Et par le moyen du temps qui passe, nous entrons dans l'éternité qui ne passe pas. »"