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10.2.12

S'adapter et crever (situation de transhumance)

L'adaptation au système ou comment raccourcir l'espèce.
 
L'adaptation est un concept, une idée qui nous est vendu comme un progrès. Et elle peut nous sembler un progrès par le discours sur la complexité (enfumages) qui semble la rendre nécessaire. 
Mais en fait l'adaptation qui nous est vendu comme une nécessité incontournable, "There Is No Alternative", s'adapter au système ou crever, est antinomique avec la notion évolutive et anthropologique d'adaptation. C'est une adaptation à tout les égards inhumaine, non-humaine, ou post-humaine: plus tu t'adaptes, plus tu t'éloignes de tes bases évolutives, plus tu risque le burnout existentiel. Le temps de l'évolution du vivant n'est pas celui du cycle de la marchandise. Le laisser croire serait participer d'une imbécillité criminel.
Cette adaptation à un système mortifère régi par un principe délirant du profit est une fragilisation et un boostage de l’entropie: c'est une machine accéléré qui au seuil de sa puissance maximale part en vrille, éclate et s'effondre.
Dans le cas de la finance, qui présentement verrouillent les esprits, il s’agit de gagner le maximum au détriment du système présenté comme le meilleur en dehors des autres. 
On voit la logique et la fin de ce modèle qui ne fonctionne qu’en grossissant.

6.2.12

Sophistique du Crime

On commet un crime contre la jeunesse. Un crime sans nom, "le détournement de vies".

La jeunesse, on lui vole la vie dès le plus jeune âge. Imprégné par le SPECTACLE, enrôlé par lui: elle est la matière à dégrossir l'aliment essentiel dont le système se nourrit.
Parce qu'il vient au monde, le jeune apporte la primo-attention,  celle qui détermine les autres types d'attention à venir, et qui à partir d'elle s'orientent, gravitent et ruissellent. Cette attention captée constitue la pente à travers laquelle le système se développe, grandit, et fait monde, enfermant l'Esprit dans le SPECTACLE. 

En dehors de la BOX point de salut, THERE IS NO ALTERNATIVE (TINA).
 
Le réalisme faisandé du Spectacle constitue l'environnement nécessaire au Golem-système, une puissance stable qui l'alimente, son carburant primaire et définitif, l'humus qui donne vie à la négation de la vie.
 
Dire l'attention, dire sa captation initiale, son détournement criminel et son instrumentalisation ad nauseam, c'est dire la précieuse ressource qu'il faut saisir vierge de tout autre concurrence vitale pour la maintenir sous un contrôle et une instrumentalisation exclusive: un bien plastique pour l'accommoder aux désirs systémiques de la Mégamachine.

Le progrès est vrai: les guerres n'attendent plus les soldats, elles dévorent d'emblée. 
Le reste - la vie - n'est qu'expiation.

2.2.12

E. BERNAYS: ARCHÉOLOGIE DU SPECTACLE (2)

"Comment imposer une nouvelle marque de lessive ? Comment faire élire un président ? Dans la logique des démocraties de marché », ces questions se confondent.Dans ces sociétés, constate Edward Bernays, le pouvoir appartient à celui qui contrôle adéquatement les moyens d’influencer l’opinion. La démocratie moderne implique ainsi une nouvelle forme de gouvernement invisible : les relations publiques. Loin d’en faire la critique, l’auteur se propose au contraire d’en perfectionner et d’en systématiser les techniques à partir des acquis de la psychanalyse.
Un document édifiant où l’on apprend que la propagande politique moderne n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine. Incontournable en une époque où les modes de vie, autant que les opinions politiques, deviennent une affaire de perception." 




31.1.12

E. BERNAYS, ARCHÉOLOGIE DU SPECTACLE (I)

En étudiant la psychologie des foules avec les idées sur la psychanalyse de son oncle, Sigmund Freud, Eddy Bernays a été un des premiers à vendre des méthodes pour utiliser la psychologie du subconscient dans le but de manipuler l'opinion publique.


1.11.11

L'arbre et le capitalisme


Et s’il s’agissait pour la classe dominante de jouer et la crise et l’hypocrisie, d’assumer les deux mouvements du scénario, de mettre les Etats à la botte tout en permettant de faire croire qu’ils sont toujours debout et que la légitimité symbolique de la domination capitaliste en demeure assurée. Par une application mesurée du second scénario, un bon équilibre ne pourrait-il être trouvé ?

Le volume annuel de transaction du shadow banking est de 16 000 Milliards de dollars : soit, un ordre de grandeur de ¼ du PIB mondial.
Cette confortable « masse de manœuvre virtuelle » me renforce dans l’idée que, peut-être , le capitalisme a les moyens de se – séparer en bon ordre – de la « finance glamour » et de se centrer sur un « capitalisme de propriétaire ». Même en période de décroissance, il doit y avoir moyen de prélever des intérêts, des fermages (ce que l’on voudra , pour ne pas devoir travailler soi-même, là, très haut, ils ne sont pas très nombreux à nourrir ). Bien entendu, ce mécanisme « d’automutilation » n’est pas planifié à un niveau supérieur, il est seulement organisé « sur le tas », pas seulement parce que le vent casse la branche morte, mais parce qu’à chaque fois qu’une branche apparaît condamnée de par sa position dans l’ensemble, le système cherche à s’en séparer tout naturellement en l’isolant. À terme, Il ne restera que quelques banques financières et des propriétaires de titres de propriété sur des terres … des usines, des ressources minières, des brevets ; les plus malins ayant converti, à temps, leur reconnaissance de dettes en bel et bon argent, le temps d’arrondir leur pelote de titres de propriété.
Si ce scénario se réalisait, il demanderait à être conforté par une formidable mise en spectacle ; le capitalisme n’ayant plus d’ennemi, l’intrigue demanderait que la déviance capitaliste assume elle-même le rôle de l’hypocrisis « voyez comme nous luttons contre la part déviante de nous-mêmes ». Avec déjà trente ans de new-âge derrière nous, nous allons nous faire masser de convivialité et de proximité RSA retrouvée. Sérieusement, la capacité des Soviétiques à encaisser la fin de l’URSS et à supporter la misère est éclairante, je ne vois pas comment nous ferions mieux.
Par contre, si dans quelques mois, l’effondrement tire en longueur et s’annonce pour dix ans, alors il faudra agir sur l’organisation légale du travail et l’organisation des réseaux économiques déviants pour tenter de casser leur symbiose en tant que lignes complémentaires de commandement et de protection des citoyens.
*
Il ne faudrait cependant pas se laisser aller à une machination consciente, croire que celui qui nous a vendu une machine dont il a calculé lui-même la nécessaire obsolescence, peut nous en revendre une autre, bien évidemment plus révolutionnaire. L'obsolescence globale du système capitaliste n’est pas calculée, il n’y a que des ajustements locaux sans vue d’ensemble.
C’est comme la chute des feuilles en automne, chaque feuille se prépare à tomber par une scissure à la base du pétiole. Avec la diminution de la photosynthèse, il y a davantage d’éthylène dans les feuilles, ce qui fait grossir les cellules des feuilles. Ce gonflement des cellules bloque les canaux par laquelle la sève circule ; s’en suit toute une chaine de réaction physicochimique complexe qui fragilisent la structure mécanique du tissu cellulaire et précisément davantage à la base du pétiole par l’effet du point d’application des forces. Cette première fragilisation mécanique renforce l’impact des réactions enzymatique sur la zone fragilisée ; comme il y déjà mois de sève dans l’arbre ce qui reste dans la feuille y est aspirée. Un petit coup de vent et la feuille tombe. L’arbre ne calcule nulle part son hivernage par la mise en place des scissures de déhiscence.
De même pour le capitalisme ; nul ne dit quelque part « préparons-nous à leur refourguer une nouvelle bécane » lorsque la nôtre aura a un pneu crevé ! Par contre, de l’autre côté; les nomenclatures sociales libérales constatent le pneu crevé, « en voici un de rechange messieurs », et s’il vous plait, veuillez passer davantage dans notre garage nous vous ferons des prix de clients fidèles.

Certains masques ne tomberont jamais tout simplement parce que ces masques sont des personnages créés de toute pièce, des rôles  ; c’est précisément le sens de la phrase de Godard « aujourd’hui les salauds sont sincères », Le spectacle classique était à taille humaine, il montrait l’acteur sous le masque, le jeu de la personae- le nom même du masque- y était apparent , la division entre l’action de la pièce la crisis et – l’hypocrisis – la pièce qui se joue sous la pièce est claire et perçue par tous. Depuis, la symbiose des mises en scène Hollywoodiennes diffuse de l’american way of life et des mises en scène centralisée nazies, bolchéviques , maoistes, nous a fait perdre le sens de la mesure dans la nécessaire part de triche que constitue la vie sociale (idéalement limitée à un sixième- l’onaa par Henri Atlan).
Selon J-LGodard, Michelet racontait que les membres du comité de salut public, après avoir décidé des têtes à couper, sombraient, à chaque fois, dans un horrible désespoir, se jetaient dans les bras l’un de l’autre en pleurant horriblement ; ce temps est fini.

1.10.11

La Chute, ou la saison de notre héroïsme

 
SOURCE : DEDEFENSA

Nous avons largement développé l’affirmation de la nécessité d’affronter le Système principalement, sinon exclusivement, en tant que tel et dans son entièreté, en suscitant et en appuyant ses dynamiques et ses situations internes d’autodestruction, sans le moindre souci de cohérence par rapport aux situations internes à lui-même, et découlant de l’activité de ces dynamiques internes. Il nous semble que nombre de nos lecteurs comprennent le sens de notre démarche lorsque nous la présentons. Il semble qu’il existe diverses interventions qui témoignent de cette position de compréhension de notre position, ou qui argumentent autour de cette position en pleine connaissance de cause. A la lumière de ces observations préliminaires, nous allons exposer notre analyse selon une logique qui développe cette idée radicale de la destruction du Système, en trois volets, successivement, selon les développements de cette idée : (1) qu’il est impératif de détruire le Système ; (2) que seul le Système peut se détruire lui-même ; (3) donc, qu’il est impératif de pousser le Système vers son autodestruction.
Il nous a semblé qu’il était utile d’exposer plus en détails cette démarche, son sens, ses modalités, sa finalité avec les références nécessaires, dont certaines des plus importantes doivent nécessairement se trouver hors du Système. Cette dernière idée, d’une importance centrale, rejoint, dans son esprit, celle de l’“inconnaissance” du Système, à propos de laquelle nous avons déjà publié divers textes (notamment le 13 juillet 2011, le 18 juillet 2011 et le 22 juillet 2011). En un sens, la situation hors du Système se traduit comme la situation “activiste” de l’inconnaissance. La nécessité où nous nous trouvons de soutenir les différentes dynamiques et situations internes du Système qui poussent à son autodestruction, sans souci de cohésion par rapport à ces dynamiques et à ces situations, se trouve largement, sinon décisivement alimenté par une position d’inconnaissance qui évite les engagements contraignants et trop “intérieurs” au Système.
Nous avons déjà signalé (le 1er septembre 2001) cette référence à René Guénon, où le métaphysicien recommandait d’éviter de “prendre parti” dans les querelles et polémiques du temps courant, pour ne pas aboutir à des engagements de circonstance qui finiraient par entraver ou contredire l’engagement fondamental. Ce que Guénon disait à propos du soutien de la cause de la Tradition se retrouve, par la même logique adaptée au cas, dans celui de l’inconnaissance comme méthode pour se tenir hors des rets du Système, – cette position ayant d’ailleurs sa place dans le Principe fondamental de la Tradition.
«Entre toutes les choses plus ou moins incohérentes qui s’agitent et se heurtent présentement, entre tous les “mouvements” extérieurs de quelque genre que ce soit, il n’y a donc nullement, au point de vue traditionnel ou même simplement “traditionnaliste”, à “prendre parti” suivant l’expression employée communément, car ce serait être dupe, et, les mêmes influences s’exerçant en réalité derrière tout cela, ce serait proprement faire leur jeu que de se mêler aux luttes voulues et dirigées invisiblement par elles ; le seul fait de “prendre parti” dans ces conditions constituerait donc déjà en définitive, si inconsciemment que ce fût, une attitude anti-traditionnelle.»
Ce territoire de l’inconnaissance ainsi déblayé nous invite à poursuivre plus avant dans la logique qui nous guide vis-à-vis du Système… Le mot est dit, au demeurant, qui invite à en dire plus de son identification et de la perception qu’on en a, – il s’agit du Système. Il faut noter en effet, pour expliquer que nous revenions régulièrement sur le sujet, que l’exploration du Système, de son identification et de sa description, est une tâche en constant développement. (Sa spécificité absolument unique, dans tous les cas unique du point de vue de notre monde à l’époque où il se trouve, justifie la majuscule comme un processus d’identification à coup sûr, – on sait de quoi l’on parle, et il n’y en a qu’un, – le Système.) Il nous paraît évident que le Système a achevé la mise en place de sa “spécificité majusculée” (ce qui lui vaut de passer de l’identification d’ “un système” à celle du “Système”) quasiment avec l’attaque 9/11, et à partir d’elle. La recherche de son identification et de sa description, en évitant ses manigances et ses manœuvres internes, en évitant de s’y engager, etc., marque effectivement une démarche renvoyant à l’inconnaissance. Nous cherchons moins à “connaître” le Système qu’à l’identifier et à le décrire dans ses manifestations subversives, pour déterminer notre propre action.
On verra, en détaillant les situations diverses du Système, que nous nous trouvons dans une situation générale caractérisée par les extrêmes les plus absolus, par les paradoxes les plus complets. D’un côté, nous décrivons des caractères et des situations qui semblent rendre le Système invincible, – et c’est le cas, si l’on parle du Système de l’intérieur du Système, avec l’espoir fallacieux de le “changer” de l’intérieur, soit de le réformer, soit de le rendre vertueux, etc. D’un autre côté, nous décrivons des caractères et des situations qui promettent le Système, inéluctablement, à la destruction complète (à l’autodestruction), – et c’est le cas, si l’on observe le Système de l’extérieur, acharnés à aider à son autodestruction à partir d’une position extérieure qui permet d’embrasser l’entièreté de l’évolution du phénomène. Nous ne sommes pas dans une circonstance dont la raison seule peut rendre compte, – encore plus, une raison dont on sait combien elle est suspecte depuis qu’elle a succombé à la subversion du Système. (Voir “persiflage” et “déchaînement de la Matière”).
Il est inutile de s’expliquer à propos de cette contradiction, qui n’agace effectivement que notre raison subvertie et ceux qui préfèrent s’y soumettre. Nous sommes dans un domaine supérieur, où les exigences de cohésion de cette raison subvertie, selon ses conceptions propres et entachées du poids de son allégeance au Système, ne sont pas recevables. Voici donc une nomenclature des caractères du Système, notamment avec les contradictions qui le caractérisent… 
STEP 6 - LE SIÈGE from SILVERADO SOCIAL PATROL & SPECTA on Vimeo.

8.4.11

Sous le regard de l'anthropocène

Les choses se poursuivent à des rythmes différents ou à leurs rythmes, notamment en Libye et dans l’archipel nippon. Le temps crisique prend son temps et ne lâche pas prise, et la crise devient ainsi notre cadre de vie “as usual”. Il nous reste encore quelques hésitations à classer toutes ces choses dans la même catégorie, à mettre Fukushima dans le même domaine que la “crise bouffe” libyenne, essentiellement en fonction de son origine “naturelle” (tremblement de terre + tsunami). Nous allons nous employer à les dissiper en accomplissant un chemin inattendu, exactement inverse à celui qui fut parcouru lorsque, le 15 février 2011, nous constatâmes que nous étions passés “d’une crise l’autre”, – de la crise de la catastrophe “naturelle” (tremblement de terre + tsunami) à la crise nucléaire de Fukushima.
…Mais en fait de “chemin inverse”, parlons plutôt de réconcilier ces deux crises que nous avions séparées, devant l’évidence de la perception des choses. Pour cela, il suffit de mettre en cause le qualificatif “naturelle” accolé à la première catastrophe. C’est ce que fait l’environnementaliste Bill McKibben, lorsqu’il place la catastrophe “tremblement de terre + tsunami” dans le contexte interprétatif de l’ère géologique de l’anthropocène. L’hypothèse, ou l’hypothèque de l’ère anthropocène a pris une récente actualité, avec son affirmation officielle dans les enceintes les plus renommées.
…Ainsi écrivions-nous, le 30 juin 2008 : «“Nous sommes entrés dans une nouvelle époque”, écrit Mike Davis, dans un article que publie TomDispatch.com le 26 juin 2008.
»“This February, while cranes were hoisting cladding to the 141st floor of the Burj Dubai tower (which will soon be twice the height of the Empire State Building), the Stratigraphy Commission of the Geological Society of London was adding the newest and highest story to the geological column.” […]
»“To the question ‘Are we now living in the Anthropocene?’ the 21 members of the Commission unanimously answer ‘yes.’ They adduce robust evidence that the Holocene epoch – the interglacial span of unusually stable climate that has allowed the rapid evolution of agriculture and urban civilization – has ended and that the Earth has entered ‘a stratigraphic interval without close parallel in the last several million years.’”»
C’est donc cet argument de l’anthropocène qu’utilise Bill McKibben pour donner une appréciation générale de la signification des désastres “naturels” très nombreux que nous subissons, et, notamment, du plus récent désastre que fut l’ensemble “tremblement de terre + tsunami” du Japon. (Bill McKibben, dans The Independent du 2 avril 2011.)
«At least since Noah, and likely long before, we've stared in horror at catastrophe and tried to suss out deeper meaning – it was but weeks ago that the Tokyo governor, Shintaro Ishihara, declared that the earthquake/tsunami/ reactor tripleheader was “divine punishment” for excess consumerism. This line of reasoning usually fails to persuade these days (why are Las Vegas and Dubai unscathed by anything except the housing meltdown?) but it's persistent. We need some explanation for why our stable world is suddenly cracked in half or under water. Still, over time we've become less superstitious, since science can explain these cataclysms. Angry gods or plate tectonics? We're definitely moving towards natural explanation of crises.
»Which is odd, because the physical world is moving in the other direction.
»The Holocene – the 10,000 years through which we have just come – was by all accounts a period of calm and stability on Earth. Temperatures and sea levels were relatively stable. Hence it was an excellent time to build a civilisation, especially the modern kind that comes with lots of stuff: roads, buildings, container ports, nuclear reactors. Yes, we had disasters throughout those millennia, some of them (Krakatoa, say) simply enormous. Hurricanes blew, earthquakes rocked. But they were, by definition, rare, taking us by surprise – freaks, outliers, traumas that persisted in our collective history precisely because they were so unusual.
»We're now moving into a new geological epoch, one scientists are calling the Anthropocene – a world remade by man, most obvious in his emissions of carbon dioxide. That CO2 traps heat near the planet that would otherwise have radiated back to space – there is, simply, more energy in our atmosphere than there used to be. And that energy expresses itself in many ways: ice melts, water heats, clouds gather. 2010 was the warmest year on record, and according to insurers – the people we task with totting up disasters – it demonstrated the unprecedented mayhem this new heat causes. Global warming was “the only plausible explanation”, the giant reinsurer Munich Re explained in December, of 2010's catastrophes, the drought, heatwave and fires across Russia, and the mega-floods in Pakistan, Australia, Brazil and elsewhere were at least plausibly connected to the general heating. They were, that is to say, not precisely “natural disasters”, but something more complex; the human thumb was on the scale.
»We still have plenty of purely natural disasters – though scientists can posit reasons climate change might make the world more seismically active, tectonic and volcanic forces seem beyond our reach; the great wave that broke over Sendai really did come out of the blue. But even in Japan, of course, the disaster was not entirely “natural”. The subsequent fallout was… fallout, the invisible plume streaming from one of our highest-tech marvels, a complex reduced in minutes into something almost elemental, a kind of utility-owned volcano.
»In a sense Ishihara was correct when he decried “selfish greed”. It is consumerism that has flooded the atmosphere with CO2: the constant getting and spending, where $1 spent liberates roughly 1lb of carbon. We are remaking the world, and quickly; we are stumbling into a new way of thinking about disaster, where neither God nor nature, but man is to blame. […]
»Not every natural disaster is unnatural now, and we may be able to fool ourselves a little longer. But these days it's the climate deniers who act like the pious of yore, unable to accept the truth. I was surprised, and impressed, to read a poll of Americans taken recently. By healthy majorities, this most religious of western citizenries said natural disasters were more likely to be a sign of climate change than of God's displeasure.»
Certes, nous sommes d’autant plus sensible à cette appréciation, à cette sollicitation faite de la notion d’anthropocène et de ce qu’elle implique pour l’interprétation des catastrophes naturelles, que ce concept est introduit à une place essentielle dans la thèse de La grâce de l’Histoire. En effet, la datation de l’anthropocène par les deux savants qui ont proposé ce nouveau classement (le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen et le professeur de biologie Eugene F. Stoermer dans les années 1990) commence à la jointure du XVIIIème et du XIXème siècle, avec l’introduction de l’une des trois “révolutions” de cette période, la révolution du choix de la thermodynamique, ou choix du feu, – selon le titre du livre d’Alain Gras (les deux autres “révolutions” sont la révolution américaniste et la Révolution Française). Dans notre thèse, l’idée de l’anthropocène est fondamentale parce qu’elle substantifie l’implication de l’humain, sapiens et sa raison humaine, dans le déchaînement de la matière qui marque le démarrage et l’inspiration catastrophique de la nouvelle “deuxième civilisation occidentale”, ou “contre-civilisation occidentale”. C’est dire notre sensibilité à l’idée d’assimilation et d’intégration des événements “naturels” avec le déchaînement de puissance mécaniste et technologiste qui marque la civilisation à partir des années 1780-1820, parce que ce déchaînement de puissance a un effet de plus en plus fondamental, de plus en plus direct sur l’équilibre du monde, bien sûr jusqu’aux conditions naturelles les plus fondamentales (environnement, climat).
Voici un extrait de la Première Partie (“De Iéna à Verdun”) de La grâce de l’Histoire, portant effectivement sur cette question de l’anthropocène…
«Il faut d’abord apporter une appréciation et une précision à propos de cet événement aux multiples facettes qu’est la “deuxième Révolution”, l’anglaise, la plus discrète au point où on la prendrait, comme Chaunu, comme un don de l’esprit conservateur et structurant. Ce “choix du feu” de l’Angleterre, qui se fait au fond, comme on dirait, sans réelle intention de nuire, c’est-à-dire sans mesurer la diabolique perversité du choix, doit être placé dans le cadre bouleversant et universel qui est le sien. Ce choix ouvre l’ère géologique nouvelle de l’anthropocène, proposée dans les années 1990 comme étape nouvelle de l’évolution géologique, notamment selon le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen et le professeur de biologie Eugene F. Stoermer. […] Cette proposition de classement géologique est méthodologiquement révolutionnaire dans la mesure où elle se détache d’une proposition géologique normale où la référence est l’évolution naturelle, pour prendre comme référence quasiment exclusive l’activité humaine ; c’est en effet cette activité qui, par l’utilisation par combustion à partir du “choix du feu” de différentes matières organiques fossiles, par ses effets sur l’environnement, l’équilibre naturel, la composition et les variations de l’atmosphère et du climat, provoque des changements suffisants pour qu’on propose de marquer qu’il s’agit d’une nouvelle ère géologique. Certains scientifiques contestent cette classification selon le constat qu’ils font que les effets de l’activité de l’homme sur l’environnement sont beaucoup plus anciens. L’appréciation est honorable et argumentée, quoique d’une façon bien pointilleuse et sur le détail ; on songe parfois que la science gagnerait à se justifier de ses orientations fondamentales plutôt que s’ébrouer délicieusement dans les détails des détails pour entretenir l’illusion de sa rigueur ; quoi qu’il en soit, la réserve ne nous concerne pas. Nous tenons, nous, la proposition d’une nouvelle ère “anthropocène” comme singulièrement attractive, singulièrement justifiée précisément pour notre propos, pour la vision métahistorique qui nous importe. Elle impose sa vision transcendantale, par ses rapports avec “le choix du feu” (évidents par ailleurs pour Crutzen-Stoermer pour le phénomène environnemental). Dans le contexte général de notre hypothèse métahistorique, le caractère puissant, évident, et justement apprécié des phénomènes fondamentaux du monde au moment historique où l’action humaine prétend usurper le cours de la nature est en soi une justification de la vision de l’anthropocène. Pour faire bref et irréfutable, la rencontre entre les deux Révolutions et les débuts de l’anthropocène force le jugement par la puissance de l’évidence et emporte la conviction. (Je vois un signe inattendu et presque foudroyant, comme un éclair puissant qui illumine l’obscurité, dans ceci que le qualificatif correspondant à anthropocène soit “anthropique”, qui est une homonymie d’“entropique”, dont on connaît le sens ; ce qualificatif caractérisant, presque comme une accusation sans appel, et de la façon qui importe, qui va au cœur du propos, une “ère géologique” qui voit l’intrusion de l’imposture et de l’infamie humaines dans la marche du monde, pour imposer effectivement son dessein anthropique et entropique.)»
Le mauvais cas de sapiens
Si nous sommes dans l’anthropocène depuis le début du XIXème siècle, selon Crutzen-Stoermer, l’anthropocène n’est vraiment dans nos têtes, à l’image de la décision de la Geological Society of London, que depuis quelques années. La chose se fait depuis que la crise environnementale est sortie de sa “spécialisation”, de son attribution au seul domaine des loufoques romantiques et autres “gauchistes” redoutables de l’écologie, et cela clairement depuis des dates telles que septembre 2005 (Katrina) et l’automne 2006 (le rapport Stern). C’est l’idée de l’anthropocène qui fait que les catastrophes “naturelles” sont désormais “naturellement” liées à la crise climatique et environnementale, c’est-à-dire au développement du Système où nous sommes partie prenante, dans la forme de sa crise terminale. Ce constat, que nous développons régulièrement, était évident pour nous, par exemple, en commentaire des catastrophes russe (les incendies gigantesques) et pakistanaise (inondations “de dimension biblique”) de l’été 2010.
D’autre part, ce constat est en évolution constante. L’hypothèse anthropocène ne doit pas s’arrêter à la seule transformation de la perception des catastrophes naturelles. Il s’agit d’une hypothèse de l’eschatologisation radicale, sinon absolue, de toutes nos crises, parce que le concept d’anthropocène introduit la responsabilité humaine dans tous les domaines d’activité de l’univers. Cela invite à envisager que “nos crises” (les crises dont nous sommes comptables, c’est-à-dire toutes les crises puisque le Système exerce une domination absolue) ne sont plus définissables en fonction de leurs sujets, du théâtre où elles s’exercent, de la dimension où elles se manifestent, dans des conditions qui permettraient encore d’orienter les responsabilités hors du champ de notre culpabilité, en faisant de nous des acteurs du type “responsables mais pas coupables” ; mais elles sont de plus en plus définissables, ou compréhensibles, ou “dicibles” si l’on veut, en fonction des outils du Système, – dito, du produit du “déchaînement de la matière”, s’exerçant notamment dans le système du technologisme. Dans ce cas, notre cas ne fait plus de doute, – “responsables et coupables” à la fois, et même manipulateurs maléfiques, susceptibles de justifier le soupçon d’être “la source de tous les maux”.
Cette puissance aveugle a investi notre psychologie, oriente et contraint nos jugements, dirige nos actes. Les crises que nous observons sont les conséquences directes de l’emploi des outils de la puissance du Système, et de moins en moins de conditions objectives… De ce point de vue, le lien est évident, du tremblement de terre à Fukushima, et il n’est pas “naturel” mais il est dans la conjonction négative des effets de puissance de ces deux phénomènes, – le dérèglement de l’équilibre du monde et la production de cette énergie qui est notre drogue par la puissance nucléaire. Au-delà, nous pouvons prolonger cette transversale des outils et des effets de notre puissance, de la crise “tremblement de terre-Fukushima” à la “crise bouffe” de Libye, pays longtemps fameux pour son pétrole et pour les faveurs commerciales corruptrices que nous accordions épisodiquement au colonel, dit “le fou de Libye”. Notre comportement erratique dans ce cas, notre déploiement de puissance pour intervenir dans une occurrence qui tient de l’“opéra bouffe”, nous placent là aussi, à cause de nos outils de puissance (nos armements, par exemple) qui se sont transformés décisivement jusqu’à ne plus être d’aucun usage utile mais qui entraînent des catastrophes, dans la posture d’être mis gravement, sinon absolument en accusation.
L’ère anthropocène qui pénètre dans notre tête, ce n’est rien de moins que la perception, non plus schématique, non plus romantique, non plus dogmatique et idéologique mais fort concrète et dans toute ses implications de la “globalisation” de sapiens et de la puissance de sa civilisation, ou disons de la globalisation de la catastrophique puissance de sa civilisation. Cette perception va frapper, elle frappe d’ores et déjà notre psychologie déjà épuisée. Effectivement, aucune catastrophe “naturelle” qui, aussitôt, n’éveille dans notre esprit ou sous la plume du commentateur la référence furieuse, gênée, coupable ou autre, à la crise de l’environnement ou à la crise climatique, c’est-à-dire à la crise qui fait de sapiens la créature coupable de l’anthropocène. Ainsi l’époque eschatologique nous rend-elle la monnaie de notre pièce… – «[W]e are stumbling into a new way of thinking about disaster, where neither God nor nature, but man is to blame.»
…Mais la chose n’est pas si simple. Nous tenons que sapiens est une créature faible et vaniteuse, souvent aveugle mais nullement mauvaise en soi. Nous renvoyons à ces conceptions sur la “source de tous les maux”, où nous situons le Mal dans la matière et dans son déchaînement, c’est-à-dire, pour notre temps métahistorique, dans le Système considéré comme une entité autonome, une sorte d’égrégore maléfique. Le mal ne touche et n’influence sapiens que d’une façon “collatérale”, comme les dégâts du même nom si l’on veut. Ainsi le problème est-il que, par son imprudence et son aveuglement, et sa vanité certes, sapiens se retrouve, au cœur de l’anthropocène, mis en cause comme principal coupable de la crise du monde et de l’effondrement des structures de la civilisation, comme “source de tous les maux” si l’on veut, alors qu’il ne l’est pas fondamentalement. C’est selon ces conditions que nous dirions qu’il est normal d’attendre, à mesure que ces dimensions de crise terminale se précisent, une autre crise, qui précédera le tout, qui est celle de notre psychologie, à nous sapiens, placés devant cette culpabilité ultime sans en avoir ni la conscience, ni la force, ni même la justification. Il se chuchotait que nous croyions être devenus Dieu, et voilà que l’effondrement de l’“œuvre divine” (la nôtre) en son double catastrophique, avec le soupçon que notre toute-puissance en est la cause, fait de nous le Diable… Mais nous ne sommes ni l’Un, ni l’Autre.
A partir de ces constats, nous envisageons qu’au cœur de la crise terminale du Système se développe notre grande crise psychologique, la crise de notre psychologie mise face à des responsabilités qui sont les siennes mais dont elle n’eut nulle conscience, bonne ou mauvaise, – donc, dont elle n’est pas vraiment coupable, – d’où le déchirement, d’où la confusion et le désordre, d’où la crise. L’anthropocène est le cadre impératif où le sapiens doit se découvrir, responsable, accusé et coupable sans l’être vraiment, d’une œuvre qu’il a favorisée sans en comprendre le sens, pour des forces extérieures auxquelles il s’est soumis sans en mesurer leur noirceur.
source : dedefensa

26.2.11

L'accélération de l'Histoire

"[Le] phénomène d’ 'accélération de l’Histoire', qui se conjugue et se traduit par une accélération du temps historique qui est nécessairement une contraction, nous semble particulièrement s’affirmer dans les circonstances présentes. Il nous semble en effet que cette contraction du temps traduit la puissance et l’entraînement irrésistible d’événements métahistoriques eux-mêmes d’une très grande puissance. Il s’agit typiquement d’une période 'maistrienne' où le rythme et la puissance des événements surmontent aisément la capacité des hommes placés à la direction des sociétés et des organismes constitués à les comprendre, à les suivre, sans même parler, bien entendu, de les contrôler. De ce point de vue, il s’agit d’une période 'révolutionnaire', mais cela compris en évitant absolument et impérativement de s’attacher au sens idéologique et politique du mot, tel que l’implique spécifiquement le langage de la modernité avec son sens progressiste. On pourrait même avancer qu’il faudrait également et surtout prendre le mot selon son sens initial (celui que rappelait Hanna Arendt), qui est celui d’un 'révolution' d’un astre autour d’un point dans l’espace, et le caractère 'révolutionnaire' serait alors complètement séparé de son sens idéologique en signalant un bouleversement cosmique, cyclique, éventuellement avec un retour sur l'essence de l’origine de lui-même (qu'on pourrait nommer Tradition), enrichi de l’expérience et de l’enseignement de la période. Sans s'attacher au sens précis de l'image qui conduirait à un débat qui n'est pas le sujet autour de thèses connues (théorie cyclique, l' 'éternel retour', etc.) mais en s'attachant exclusivement à son symbolisme, l’interprétation contredit absolument les références au Progrès, à la modernité, à un 'sens de l’Histoire' progressiste ou néo-libéral, voire neocon ; non seulement elle les contredit mais, plus encore, elle s’institue résolument au-dessus de ces références, en réduisant celles-ci à une mystification complète et à une falsification dérisoire. Cette interprétation transforme la crise politique et historique en une crise métahistorique et eschatologique, au-delà de la moindre influence décisive de l’action humaine concertée selon les instructions du Système qui a phagocyté l’évolution de notre civilisation en la transformant en une 'contre-civilisation' absolument maléfique".
"La crise n’en est pas une à proprement parler mais une structure crisique qui s’étend comme une pandémie, et avec un caractère eschatologique évident malgré qu’il s’agisse d’événements concernant les sapiens – 'eschatologique', c’est-à-dire échappant au contrôle humain, parce que tout cela se trouve sous l’empire d’un Système lui-même devenu eschatologique et en cours d’effondrement. Avant, une 'révolution' impliquait une surprise, qui entraînait la perte de contrôle par les autorités au profit des 'révolutionnaires' ; d’où la fausseté de la théorie des dominos, puisqu’une révolution faisait craindre la contagion, suscitait des mises en alerte, effaçait l’effet de surprise chez les autres, conduisait à des révolutions avortées et démentait la théorie. On peut faire l’hypothèse qu’avant, dans l’époque géopolitique qui précéda notre époque psychopolitique, le désordre 'révolutionnaire' ne se serait pas si aisément diffusé. La différence est, à notre sens, moins dans la peur des autorités que dans la notion de l’effondrement du contrôle général, et cette notion de contrôle s’étendant jusqu’au domaine nécessairement inconscient de la psychologie, qui ne serait pas un acte de propagande mais la simple situation marquée par l’assurance que tous les esprits, y compris ceux de ses adversaires, restent bien à l’intérieur de la logique du Système – sa bulle virtualiste, en vérité.
Aujourd’hui, le 'contrôle' n’existe plus (la bulle est crevée, le virtualisme à l'agonie), y compris aux USA où l’on passe son temps à spéculer sur la forme que prendra l’effondrement… des USA. La psychologie collective 'sent' bien cela, cette odeur de poudre, ces bruits sourds annonçant le séisme. Les directions politiques ont moins 'peur du peuple' qu’elles ne sont épuisées psychologiquement, sans conviction, affaiblies par la corruption du discours faussaire du virtualisme, et même obscurément conscientes de la justesse des réactions populaires (infection psychologique par l’évidence de la justesse de la crise). Aujourd’hui, l’événement n’est plus politique ('révolution', 'réforme', bla bla bla), il est fondamentalement psychologique, dans la réalisation inconsciente qui pèse d’un poids terrible sur notre raison si satisfaite d’elle-même que ce Système qui s’est construit sur la vanité de cette même raison ne tient plus, qu’il s’effondre à son rythme, comme une énorme chose pourrie et rongée par les termites. Dans ce cas, la théorie des dominos, qui était une construction théorique non réalisée dans les temps d'avant, reprise d’ailleurs par les imprudents neocons, marche à plein, par le canal de la psychologie. La surprise nécessaire aux 'révolutions' qui ont bercé d’illusions sanglantes notre XXème simple n’est plus nécessaire car nous sommes placés devant la fatalité de l’effondrement, comme une gigantesque contagion globalisée, – la fatalité ayant remplacé la surprise et garantissant l’expansion de la pandémie. (Enfin, on vous l’avait bien dit : la globalisation est une affaire qui marche.)