SOURCE : DEDEFENSA
Nous avons largement développé l’affirmation de la nécessité
d’affronter le Système principalement, sinon exclusivement,
en tant que tel et dans son entièreté, en suscitant et en appuyant ses
dynamiques et ses situations internes d’autodestruction, sans le
moindre souci de cohérence par rapport aux situations internes à
lui-même, et découlant de l’activité de ces dynamiques internes. Il nous
semble que nombre de nos lecteurs comprennent le sens de notre démarche
lorsque nous la présentons. Il semble qu’il existe diverses
interventions qui témoignent de cette position de compréhension de
notre position, ou qui argumentent autour de cette position en pleine
connaissance de cause. A la lumière de ces observations préliminaires,
nous allons exposer notre analyse selon une logique qui développe
cette idée radicale de la destruction du Système, en trois volets,
successivement, selon les développements de cette idée : (1) qu’il
est impératif de détruire le Système ; (2) que seul le Système peut se détruire lui-même ; (3)
donc, qu’il est impératif de pousser le Système vers son autodestruction.
Il nous a semblé qu’il était utile d’exposer plus en détails cette
démarche, son sens, ses modalités, sa finalité avec les références
nécessaires, dont certaines des plus importantes doivent nécessairement
se trouver hors du Système. Cette dernière idée,
d’une importance centrale, rejoint, dans son esprit, celle de
l’“inconnaissance” du Système, à propos de laquelle nous avons déjà
publié
divers textes (notamment le 13 juillet
2011, le 18 juillet
2011 et le 22 juillet 2011). En un sens, la situation hors
du Système se traduit comme la situation “activiste” de
l’inconnaissance. La nécessité où nous nous trouvons de soutenir les
différentes dynamiques et situations internes du Système qui poussent à
son autodestruction, sans souci de cohésion par rapport à ces
dynamiques et à ces situations, se trouve largement, sinon décisivement
alimenté par une position d’inconnaissance qui évite les engagements
contraignants et trop “intérieurs” au Système.
Nous avons déjà signalé (le 1er septembre
2001) cette référence à René Guénon, où le métaphysicien
recommandait d’éviter de “prendre parti” dans les querelles et
polémiques du
temps courant, pour ne pas aboutir à des engagements de circonstance
qui finiraient par entraver ou contredire l’engagement fondamental. Ce
que Guénon disait à propos du soutien de la cause de la Tradition se
retrouve, par la même logique adaptée au cas, dans celui de
l’inconnaissance comme méthode pour se tenir hors des rets du Système, –
cette position ayant d’ailleurs sa place dans le Principe
fondamental de la Tradition.
«Entre toutes les choses plus ou moins incohérentes qui s’agitent
et se heurtent présentement, entre tous les “mouvements” extérieurs de
quelque genre que ce soit, il n’y a donc nullement, au point de vue
traditionnel ou même simplement “traditionnaliste”, à “prendre parti”
suivant l’expression employée communément, car ce serait être dupe, et,
les mêmes influences s’exerçant en réalité derrière tout cela, ce
serait proprement faire leur jeu que de se mêler aux luttes voulues et
dirigées invisiblement par elles ; le seul fait de “prendre parti”
dans ces conditions constituerait donc déjà en définitive, si
inconsciemment que ce fût, une attitude anti-traditionnelle.»
Ce territoire de l’inconnaissance ainsi déblayé nous invite à
poursuivre plus avant dans la logique qui nous guide vis-à-vis du
Système… Le
mot est dit, au demeurant, qui invite à en dire plus de son
identification et de la perception qu’on en a, – il s’agit du Système.
Il faut
noter en effet, pour expliquer que nous revenions régulièrement sur le
sujet, que l’exploration du Système, de son identification et de sa
description, est une tâche en constant développement. (Sa spécificité
absolument unique, dans tous les cas unique du point de vue de notre
monde à l’époque où il se trouve, justifie la majuscule comme un
processus d’identification à coup sûr, – on sait de quoi l’on parle, et
il
n’y en a qu’un, – le Système.) Il nous paraît évident que le Système a
achevé la mise en place de sa “spécificité majusculée” (ce qui lui
vaut de passer de l’identification d’ “un système” à celle du
“Système”) quasiment avec l’attaque 9/11, et à partir d’elle. La
recherche de
son identification et de sa description, en évitant ses manigances et
ses manœuvres internes, en évitant de s’y engager, etc., marque
effectivement une démarche renvoyant à l’inconnaissance. Nous cherchons
moins à “connaître” le Système qu’à l’identifier et à le décrire
dans ses manifestations subversives, pour déterminer notre propre
action.
On verra, en détaillant les situations diverses du Système, que nous
nous trouvons dans une situation générale caractérisée par les extrêmes
les plus absolus, par les paradoxes les plus complets. D’un côté, nous
décrivons des caractères et des situations qui semblent rendre le
Système invincible, – et c’est le cas, si l’on parle du Système de
l’intérieur du Système, avec l’espoir fallacieux de le “changer” de
l’intérieur, soit de le réformer, soit de le rendre vertueux, etc. D’un
autre côté, nous décrivons des caractères et des situations qui
promettent le Système, inéluctablement, à la destruction complète (à l’autodestruction),
–
et c’est le cas, si l’on observe le Système de l’extérieur, acharnés à
aider à son autodestruction à partir d’une position extérieure qui
permet d’embrasser l’entièreté de l’évolution du phénomène. Nous ne
sommes pas dans une circonstance dont la raison seule peut rendre
compte, – encore plus, une raison dont on sait combien elle est
suspecte depuis qu’elle a succombé à la subversion du Système. (Voir “persiflage” et “déchaînement de la
Matière”).
Il est inutile de s’expliquer à propos de cette contradiction, qui
n’agace effectivement que notre raison subvertie et ceux qui préfèrent
s’y soumettre. Nous sommes dans un domaine supérieur, où les exigences
de cohésion de cette raison subvertie, selon ses conceptions propres
et entachées du poids de son allégeance au Système, ne sont pas
recevables. Voici donc une nomenclature des caractères du Système,
notamment
avec les contradictions qui le caractérisent…
• Le Système exerce une influence sur la pensée et le comportement par
le biais exclusif, mais royal, de la psychologie. Diverses créations
conceptuelles renvoient à ce phénomène, que ce soit le phénomène de groupthinking, que ce soit le phénomène dit
“faith-based”, que ce soit bien sûr notre virtualisme, (ici dans sa définition originelle, le 10 septembre 1999).
(Tous ces phénomènes ont naturellement une parenté très étroite entre
eux.) En ce sens, le Système
influe sur notre psychologie, directement et, au point de développement
du phénomène où nous sommes, sans concurrence ni défense possibles
si l’on n’a pas identifié la chose en tant que telle et si l’on ne se situe pas en dehors de lui grâce à
la vertu de l’inconnaissance. De plus, il nous semble qu’il existe un contrat de facto entre le Système et sapiens,
le
premier offrant au second un simulacre au second en échange de
l’allégeance de ce dernier ; cette question est importante, car le
simulacre doit être de qualité, il doit “tenir”, comme un bon “scénar”
du Hollywood de l’Âge d’Or ; il n’est pas assuré que ce soit
toujours le cas, il est possible, sinon probable, que c'est de moins en
moins le cas…
• Le Système est complètement fermé… Il est hermétique, selon cette définition de base que nous offrions le 20 mai 2011 : «Le Système
qui régit le monde aujourd’hui est […] dans une situation de surpuissance extraordinaire, une situation de surpuissance que nous
qualifierions d’hermétique dans le sens où cette situation est bouclée et inexpugnable… […]
Lorsque nous disons que le Système est hermétique, nous soulignons
par là que sa surpuissance s’exprime dans les deux voies essentielles
de la puissance aujourd’hui. Il y a d’une part la puissance brute du
système du technologisme, qui est si grande que rien ne peut être fait
de structurant qui ne passe par les outils de cette puissance que
contrôle, voire qu’engendre le Système, comme seule source de puissance
matérielle et technique dans le monde. Il y a d’autre part la puissance
d’influence du système de la communication, qui détermine la
perception unique, et donc l’état de la psychologie. Cette formule
idéale détermine l’hermétisme du Système, qui fait que rien n’est
possible hors du Système.» L’hermétisme du Système est donc
d’abord l’hermétisme du au souffle de sa surpuissance qui vous cloue sur
place, qui fixe les moyens de son hermétisme autour de lui, comme une
centrifugeuse créant une atmosphère qui lui est propre et séparant
hermétiquement son monde des autres, et réduisant à néant toutes les
tentatives antiSystème élaborées, rationnelles, construites à
l’intérieur du Système lui-même, en utilisant nécessairement certaines
de ses normes. Cette surpuissance sans égale soumet ou écrase sans
pitié toute force et toute dynamique qui entrent dans son jeu et jouent
selon des règles ; pour l’intelligence humaine, ces règles
celles de la raison subvertie. Mais cet hermétisme de la force n’a rien
prévu contre l’un ou l’autre “grain de sable” qui évite ce processus
(on en verra plus loin)...
• Le Système est producteur absolument autonome de ses propres
dynamiques, et il en a deux principalement : surpuissance et
autodestruction. Les “dynamiques” ne doivent pas être confondues avec
les deux ”outils” principaux du Systèmes, deux systèmes qui pourraient
être aussi considérés comme des “sous-systèmes” : le système du
technologisme et le système de la communication. De ce
dernier, qui n’est pas un simple système mécanique de communication
mais un système “animé” qui manipule la communication selon des
“humeurs”, voire des “caprices” très divers, et selon des références
désordonnées où l’effet (le sensationnel, l’apparence, etc.) joue un
rôle considérable et souvent incontrôlable, on sait qu’il présente
certains aspects de trahison du dessein général du Système ; nous le
désignons souvent, pour cette raison, comme un Janus.
Bien entendu, on observe que les deux dynamiques de surpuissance et
d’autodestruction sont contradictoires, ce qui nous conduit plus loin à
d’autres caractères du Système.
• Le Système est mauvais en soi. Pour nous, et sans hésitation possible, conformément à cette occurrence
exceptionnelle qu’est cette phase de notre
métahistoire où l’évidence des choses essentielles nous apparaît dans
toute leur
puissance, le Système est le Mal en soi, selon une définition
métaphysique et nullement religieuse ou morale de la chose ; il
constitue, à l’échelle du temps, la représentation métahistorique du
Mal, produit de ce que nous nommons le “déchaînement de la matière”, –
la matière fournissant la substance même du Mal, hors des limites
temporelles. Comme tel, en tant que représentation du Mal, le Système ne
figure pas comme élément de la métaphysique. (Cela renvoie à René
Guénon, disant de la “contre-initiation”, qui est une des manœuvres
hostiles à la Tradition : «Cette prétention [à être une initiation,] d’ailleurs, est forcément vaine, car le domaine
métaphysique lui est absolument interdit, étant au-delà de toutes les oppositions»). Par conséquent, le Système ne peut être
vraiment apprécié que du point de vue
métaphysique puisqu’il s’agit du seul domaine où il n’exerce pas son
influence subversive et surpuissante qui interdit un jugement libre. En
fonction également du premier point ci-dessus et pour rappeler où
nous situons sapiens par rapport à la substance du Mal, on peut admettre, à l’instar de Plotin, que le sapiens
n’est pas
ontologiquement un réceptacle du Mal, mais qu’il en reçoit une
influence plus ou moins grande (par la psychologie) selon ses faiblesses
propres et la proximité du Mal où le mettent ces faiblesses.
La référence de Plotin à laquelle nous nous rapportons est celle-ci, avec, dans la dernière partie de la citation, la situation où l’on peut
inclure sapiens emporté par ses faiblesses : «Car on
pourrait dès lors arriver à une notion du mal comme ce qui est
non-mesure par rapport à la mesure, sans limite par rapport à la
limite, absence de forme par rapport à ce qui produit la forme et
déficience permanente par rapport à ce qui est suffisant en soi,
toujours indéterminé, stable en aucun façon, affecté de toutes manières,
insatiable, indigence totale. Et ces choses ne sont pas des accidents
qui lui adviennent, mais elles constituent son essence en quelque
sorte, et quelle que soit la partie de lui que tu pourrais voir, il est
toutes ces choses. Mais les autres, ceux qui participeraient de lui
et s’y assimileraient, deviennent mauvais, n’étant pas mauvais en soi.»)
• Le Système est certainement de type anthropomorphique (soit système
anthropotechnologique, soit système anthropotechnocratique, selon la
nomenclature explorée par Jean-Paul Baquiast). Il est peut-être de type égrégore (selon Wikipedia : «Un
égrégore (ou eggrégore) est, dans l'ésotérisme, un concept désignant un
esprit de
groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et
influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans
un but
commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité
autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris
par
les surréalistes, qui l'ont chargé d'un fort potentiel subversif.»). Mais dans tous les cas sans exception, et selon l’appréciation
qu’il est source de tous les maux, le Système est une entité nécessairement
conçu selon ce que nous nommerions, en
sacrifiant à notre goût du néologisme, l’“inversionnisme”
(développement systématique de l’inversion en toutes choses). Toute
émanation du
Système doit donc être considérée absolument d’une façon critique, en
fonction d’une référence à son contraire. (Cette systématisation de
l’“inversionnisme” peut et doit avoir des effets inattendus, qui
s’insèrent dans la logique autodestructrice du Système. C’est surtout le
cas pour le système-Janus de la communication qui finit par susciter,
sous l’effet de l’inversionnisme, des productions contraires au
dessein du Système, par réflexe inversionniste au second degré. Ainsi,
le système de la communication, poussant et manipulant à fond
l’Internet conçu au départ par le Système, suscite un formidable
système subversif de l’ordre-Système grâce à ce moyen. C’est un des
exemples nombreux de formation spontanée de systèmes antiSystème,
cette production non conforme aux règles du Système puisque créée
spontanément, sans se référer aux normes du Système, qui se joue de la
puissance du Système, de son hermétisme, etc.)
• L’immense faiblesse du Système se trouve dans sa psychologie, qui se
trouve dans la substance même du Mal, laquelle organise une vision
déformée et naturellement invertie du monde, ce qui revient à un
simulacre complet de la vérité du monde. (Le caractère central de
l’“inversionnisme” du Système se trouve peut-être dans le fait que sa
psychologie est elle-même invertie et produit nécessairement des actes
et des pressions tous marqués par l’inversion, naturellement en un
sens.) Pour être plus spécifique, nous dirions qu’à l’image de la
psychologie de l’américanisme, la psychologie du Système est ainsi
marqué par l’inculpabilité et l’indéfectibilité, qui sont des simulacres invertis de caractères psychologiques. (Rien d’étonnant, l’américanisme est la
production principale du Système dans la narrative de notre
histoire courante, production par essence subvertie et invertie, dans
le sens où il n’a pas nécessité une action de subversion et une action
d’inversion pour arriver à ces caractères, qui sont de la nature même
de l’américanisme.) A côté d’être sa force dans les circonstances qui
étaient encore favorables, cette psychologie est devenue un formidable
handicap parce qu’elle déforme absolument la vérité d'un monde que le
Système croit être complètement conforme à lui-même, conduisant à des
erreurs systématiques, et des erreurs de plus en plus graves à mesure
qu’augmente la puissance (la surpuissance) du Système, et cela devant
aboutir donc à la surpuissance totale suscitant parallèlement
l’autodestruction totale. On rejoint ainsi la logique du cycle de la
Tradition, où la Chute précédant la renaissance se produit au moment de
la surpuissance maximale du Mal. Il nous semble également que cette
déformation de la psychologie, par les conséquences inverties qu’elle
entraîne successivement, est une des causes fondamentales de
l’existence du processus d’autodestruction, du transfert de la
dynamique de surpuissance vers la dynamique d’autodestruction, du destin
autodestructif inéluctable du Système.
Le temps de notre héroïsme
On comprend qu’avec le Système nous n’avons affaire à rien de ce qui
est d’habitude identifié à l’historiographie courante, ni même l’objet
de la moindre allusion et même possibilité d’allusion de la part de
celle-ci. (Cette historiographie officielle, historiographie-Système,
est une production du Système, certes, depuis que le Système a affirmé
son empire universel et subverti la raison conductrice de la
modernité, qui est elle-même son idéologie officielle de fer autant que
son faux nez.) Avec le Système et lorsqu’on le considère pour ce
qu’il est, alors qu'on se trouve soi-même en position d’inconnaissance,
il n’est question ni d’Empire, ni d’hégémonie, ni de géopolitique,
ni de rapports de puissance, etc., qui sont les thèmes habituels de
l’historiographie-Système pour monter son simulacre d’Histoire. Ces
thèmes sont faits pour conduire la connaissance, dans ce cas
complètement intégrée au Système (cette connaissance-là qui est écartée
par
l’inconnaissance), sur des voies qui écartent absolument toute mise en
cause, voire toute identification du Système en tant que tel. Dans
cette classification, nous mettons d’ailleurs l’historiographie soi
disant contestataires de certaines thèses officielles, mais en fait
complice de ces thèses, selon un jeu de vase communicants entre “la
majorité au pouvoir” et l’“opposition de Sa Majesté” ; la même
remarque vaut pour nombre de mouvements qui s’affirment antiSystème
mais continuent à utiliser pour leur contestation du Système les mêmes
instruments de la soumission au Système (notamment, la raison pervertie
par le Système).
Notre conception est conduite par une toute autre vision de l’Histoire.
Cette vision est largement connue de ceux de nos lecteurs qui ont
été intéressés par la consultation de divers textes qui l’exposent,
avec des liens explicatifs divers, notamment dans la rubrique La grâce de l’Histoire et dans la rubrique DIALOGUES
(en plus d’autres textes dans les
rubriques d’actualité du site). Nous n’y reviendrons donc pas, nous
bornant à observer que le résultat de cette vision nous conduit,
aujourd’hui, à privilégier effectivement l’existence d’une force
massive et hermétique, le Système, qui tient toutes les activités
humaines
après les avoir mises à son service ; le Système qui nous conduit, dans
le cadre d’antagonisme nécessaire et que nous appelons
nécessairement, à privilégier comme principale force manipulable, y
compris par les “extérieurs” à lui-même (les dissidents qui opposent
l’inconnaissance au Système), le système de la communication… Comme on
l’a vu, ce système de la communication est un facteur en pleine
dynamique d’inversion par rapport à la dynamique générale du Système,
et il produit donc, dans certains cas, des effets massifs antiSystème,
dans le cadre de structures mouvantes, se formant spontanément selon
les circonstances en systèmes antiSystème
effectifs et fonctionnant dans ce sens. De même, encore en fonction de
ce contexte, cette principale dynamique historique pouvant susciter
des effets antiSystème malgré son appartenance partielle au Système par
certains de ses composants (le système de la communication) est de
type psychopolitique ; pour cette raison, nous disons que nous sommes
passés de l’ère géopolitique à l’ère psychopolitique.
Cette situation s’est effectivement complètement installée dans le
passage des années 2008-2010, où un certain nombre d’événements, tous
autant événements de crise, ont complètement réduit à une fonction
subalterne et complètement accessoire ce que l’on jugeait auparavant
(sous l’influence du Système) comme la dynamique centrale animant
l’Histoire, c’est-à-dire la géopolitique. Il s’ensuit que les notions de
rapports de puissance, de regroupements de nations, d’organisations
internationales en forme de regroupements de puissances, etc., ont subi
une profonde transformation et ne mènent plus désormais l’analyse et le
raisonnement. (C’est ce que nous avons présenté le 13 septembre 2011 et
dans dde.crisis du 10 septembre 2011,
comme le phénomène de “la dissolution du monde”.) On peut dire que le
Système a atteint dans cette situation nouvelle sa dynamique maximale
de surpuissance, mais aussi, en même temps, sa dynamique maximale
d’autodestruction, et que le rapport entre les deux dynamiques a
basculé.
Le mouvement d’inversion a affecté essentiellement la dynamique de
surpuissance qui s’est retournée pour s’accoler à la dynamique
d’autodestruction et la renforcer d’autant.
En fonction des caractères du Système qu’on a cités plus haut et de la
situation historique que l’on vient de décrire, il est manifeste
qu’une seule position est acceptable, qui est contre le Système, sans restriction aucune, à mesure de ce qu’il est lui-même
le Mal, sans restriction aucune. Comment se situer dans ce contexte, si l’on ne veut pas se soumettre au Système, sinon en
dehors du Système ? Cela ne signifie pas “physiquement” en
dehors du Système, ni “opérationnellement”, ni rationnellement en
dehors de lui ; cela signifie intellectuellement (l’intellect) et
spirituellement (l’esprit) en dehors de lui. Comme ces deux dernières
fonctions contrôlent et orientent les deux premières, ni
l’opérationnalité ni la raison ne courent le risque d’être subverties
par le
Système, ou si elles l’ont été elles doivent être débarrassées,
purifiées de cette subversion par cette position “en dehors”.
Il en découle naturellement que la seule mission qu’on se puisse
assigner à soi-même est d’aider à la destruction du Système par tous les
moyens possibles, qui sont essentiellement ceux de la communication par
leurs effets sur la psychologie, parce que la psychologie est la
voie par laquelle tout peut arriver. Il s’agit bien
“d’aider” à cela, puisque le Système lui-même est irrésistiblement
engagé dans cette voie, et qu’il l’est avec toute sa surpuissance qui
est sans égale au monde, mais qui s’invertit elle-même pour servir de
moteur ultime à la tendance à l’autodestruction. Il s’agit donc de
frapper, et frapper encore sur le clou déjà en place, exactement comme
Nietzsche philosophait, – la “philosophie à coups de marteau”. Il n’y a
aucune place pour le désespoir là-dedans, parce que le désespoir est
essentiellement un sentiment qui naît du Système, qui ne s’explique et
ne se comprend, et ne se justifie, que si l’on est à l’intérieur du
Système, prisonnier de lui. La but doit être la destruction complète,
sans rémission, sans aucune réserve ; Systema delenda
est, aurait dit le vieux Caton.
Comment peut-on concevoir cette destruction ? Nous pensons qu’elle
opère de deux façons. La première est un mode opératoire subreptice
de destruction, qui échappe à nos sens, du moins directement et
grossièrement comme on attend d’une destruction de cet ordre ; elle
échappe à nos sens et à notre compréhension quant à son évolution,
comme des ultras-sons qu’entendent les chiens nous échappent ; et
elle échappe à nos sens et à notre compréhension quant à sa situation,
comme la masse de l’iceberg nous apparaît réduite à sa seule partie
émergée ... (Un exemple est celui de la “dissolution du monde”)
… La seconde est indirecte, par des actions d’influence et de
modification très fortes sur nos propres psychologies, nous conduisant à
des
situations et à des actions antiSystème. Ce second aspect est essentiel
parce qu’il implique que l’orientation et la perception mêmes de la
psychologie humaine constituent des moyens d’intervention de l’être
humain dans le processus d’effondrement du Système, – cela impliquant
par conséquent que sapiens a effectivement un rôle conséquent, réfléchi, tactique, spirituel, etc., à jouer dans cette immense
partie. A côté de ce constat et à partir de lui se pose la question essentielle
de savoir si une évolution de la
psychologie et de la perception qui l’alimente ne constituerait pas en
elle-même un moyen important, voire essentiel, d’accélération et de
réalisation de l’effondrement du Système. (D’où notre intérêt constant
pour ce thème de la psychologie.) Notre propre subversion par le
Système a jusqu’ici été un des moyens principaux pour ce Système
d’obtenir notre soutien, et cela s’est fait par notre psychologie qui
est
donc devenue un champ de bataille privilégié ; et le processus inverse,
en mode d’“inversion vertueuse” dans ce cas, pouvant être
envisagée au travers de cette question soulevée précédemment. A la
lumière de ces propositions hypothétiques, l’usage en “mode-Janus” du
système de la communication est tout à fait indiqué et il est
absolument essentiel. Il s’agit d’utiliser, en pleine lucidité, en
sachant
parfaitement ce que l’on fait, les outils du Système contre le Système,
notamment selon l’enseignement évident de sagesse du stratège
chinois Sun Tzu.
Le dernier point que nous devons aborder, qui englobe toutes les
questions qui brûlent les lèvres (que va-t-il se passer avec
l’effondrement
du Système ? Qu’y aura-t-il ensuite ? De quelle catastrophe s’agit-il ?
etc.), concerne l’avenir après le Système, autant que
la cause de l’effondrement du Système au-delà de son mécanisme
d’autodestruction qui n’en est que la description. Il s’agit d’un
territoire
inexploré par la raison humaine, au stade de subversion où se trouve
cette raison, et, à cause de cette subversion d’elle-même, d’un
territoire dont l’exploration et la description lui sont interdites
dans son état actuel. La raison humaine s’est privée progressivement,
depuis la Renaissance, des références métaphysiques qui formaient une
part importante et essentielle de l’activité de l’esprit humain
jusqu’à cette période. La raison humaine est, aujourd’hui,
littéralement amputée de la part la plus haute de son intelligence,
celle par
laquelle elle pourrait éventuellement recevoir l’éclairage de
l’intuition. Elle est aveugle sur l’essentiel et rendue de plus en plus
folle
par l’accessoire (notamment la crise générale du Système que la raison
subvertie tente de comprendre d’une façon fractionnelle, en la
dénaturant absolument de ce fait ; qu'elle tente de résoudre à mesure,
sans le moindre espoir de succès et au contraire en accentuant
son aveuglement et la certitude de l’échec, – tout cela, qui explique
la progression de sa folie). Cette situation changera à l’aune de
l’évolution de la psychologie qu’on a envisagée.
Par conséquent, la seule évolution qui importe pour l’essentiel
aujourd’hui est celle qui presse la psychologie, parce que, par ce biais
seul peut venir une réforme radicale de la raison humaine, une
transmutation de cette raison à mesurec de son évasion hors du carcan
subversif où l’a enfermée le Système. L’orientation de cette
transmutation se fera nécessairement à l’aide de la métaphysique
retrouvée,
puisque c’est le seul domaine de la pensée où le Système ne peut
exercer son emprise maléfique. (Comme on l’a vu plus haut, nous
acceptons
complètement l’affirmation que par sa nature maléfique, le Système ne
peut figurer en aucune façon dans la métaphysique.)
Le plus ardu à appréhender dans cette crise qui est à la fois la Chute
et la fin du Cycle (et Chute parce que fin du Cycle), c’est
effectivement l’idée de la relativité des événements terrestres qui se
placent tous dans le cadre de contrainte du Système, à côté de
l’importance essentielle de la révolution psychologique qui est en
train de se faire. La pression physique de ces événements est en effet
considérable. Il s’agit de la subir sans perdre l’essentiel de notre
conviction, de tenir contre l’apparente puissance terrifiante de ces
événements, pour mieux en distinguer les fissures qui s’élargissent en
failles béantes. C’est en cela, sans aucun doute, que l’on peut
identifier cette époque qui s’est ouverte en 2008-2010, – époque très
différente de 2001-2008 qui a réalisé les œuvres majeures de
déstabilisation et de déstructuration, – comme celle de l’héroïsme
pur. A côté de tous les aspects d’une extraordinaire bassesse où le
Système qui gouverne encore les restes des époques révolues voudrait
nous entraîner avec sa chute et son autodestruction, se dresse
désormais pour ceux qui ont choisi de refuser de déchoir à mesure de
cette pente fatale un défi psychologique qui relève effectivement de
l’héroïsme ; il s’agit de tenir et de se tenir prêt pour ce qui surgira
une fois accomplie la Chute.
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