Traiter, ritualiser le reste, épurer le pharmakon, enfin exhumer le goût de la saison, et exhaler son parfum sur les saisons à venir (komodo en transe).
Le temps consacré à respecter les codes du salariat est énorme, surtout si l’on y intègre l’éducation – le temps passé à être préparé à les comprendre et les accepter -, la consommation – le temps passé à essayer de trouver un intérêt à avoir accepté ces codes -, les opiums – le temps passé à se défaire de la réflexion qui pourrait les remettre en question -, la retraite – le temps passé à se dire qu’on a bien fait, au final, de les accepter -, etc.
Reste peu de temps pour le reste. Et peu de chances de pouvoir mener sa vie sereinement hors de ses codes : le salariat est une figure imposée, par nous.
...MAIS AU FAIT QUE RESTE-T-IL ? Y-A-TIL UN RESTE? C'EST QUOI LE RESTE?
Que reste-t-il à la fin de la saison du spectacle? Au bout, les vacances. Et? Ce temps de l'entre-saison n'a-t-il d'autre utilité fonctionnelle que d'être une « décélération intentionnelle », pour mieux accélérer ensuite. C'est à dire qu'au lieu de traiter ce qui reste, de marquer un écart constructif avec ce qui a été ingurgité au cours d'une saison, on se purge par le décrochage (du moins le croît-on). C'est une bien pauvre catharsis, efficace pour un zombie, mais pas pour une conscience qui se doit de digérer le vécu pour prétendre à l'éveil. Traiter le reste c'est réaliser le travail de l'éveil, une catharsis réel, qui ne refoule pas le tragique de l'existence sous de la crème solaire. Le spectacle et le salariat se donne la main dans la constitution d'un rythme de travail annuel aux antipodes des réalités humaines et du rythme biologique. La période estivale a toujours été celle de la majeure activité humaine, notamment la récolte, les foins, les fruits, etc, pour le travail et pour la fête (les enfants de mars sont les fils des moissons). Après vient le temps de la rumination, le temps du végétal, de l'enfouissement, rentrer dans la terre, du travail souterrain de l'hiver, prélude à la renaissance.
La catharsis du spectacle (et la constitution d'une norme HVC-Haute Valeur Cathartique) a donc pour préalable la reconnaissance, d'un temps, d'un cycle, qui est celui du cultiver au sens agricole, étendu à l'intellectuel. Le temps de l'esprit et le temps de la terre se conjuguent pour traiter le reste, le transformer, se transformer: la matière transformée (qu'elle soit spirituelle ou inerte) est travail de l'énergie, source d'énergie. La forme de cette alchimie peut-être rendue et manifestée par la forme théatrâle, sous une forme archaïque, rituelle et tragique, proche de cette culture du recyclage des émotions et des passions, mais réinitialisée à la hauteur des nécessités actuelles: l'urgence de combattre la mort de l'esprit, par le décompactage du soma et l'intelligence du geste rituel. Il s'agit de détruire la croûte de battance que le bombardement du spectacle construit au jour le jour. L'indifférence est la seule stratégie de l'esprit pour se défendre. Mais à ce jeu défensif il s'épuise, il s'ankylose, se ravine et s'érode.
Ce travail fin, dangereux, de décompactage du soma, laisse l'esprit à fleur de peau, comme un prématuré, c'est en cela que la voie initiatique a semblé la plus naturelle, la plus correcte, par là où l'on se tient les uns les autres dans un même dessein. Cependant lorsque la forme théatrâle par l'entremise du tragique se rapproche de sa fonction rituelle, la pratique de "rites" entraîne la mise en place d'une hierarchie, ce qui est incompatible avec une morale anarchiste. Aussi la phase initiatique n'est-elle que le moment de la constitution d'un corpus fonctionnel afin d'être révélé, proposé et suivi. Diffusé notamment sous la forme d'une norme HVC.

